Auteur Sujet: Se reconstruire à son rythme  (Lu 179 fois)

Helen31

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Se reconstruire à son rythme
« le: 23 octobre 2018 à 09:16:02 »
Chers parents,


A quelques jours de la Toussaint, nous venons vous proposer un nouveau sujet de discussion pour continuer à nous enrichir les uns les autres de nos expériences...

 il vous est sans doute arrivé d'avoir la sensation d'être au pied d'une montagne, et de vous sentir incapable de la gravir! Votre sac à dos est peut être bien trop lourd, vos chaussures pas adaptées et l'eau insuffisante...et pourtant il vous faut la gravir absolument, même si vous vous dites que vous n'êtes pas équipés!


Ce sont bien sûr des images, qui peuvent largement avoir leur signification lors de la traversée du deuil de votre tout petit. Qu'il soit proche en date ou un peu plus éloigné, il est arrivé à beaucoup d'entre nous de se sentir bien dépourvus et sans ressources pour traverser l'heure qui vient, la journée ou la semaine...c'est un sentiment bien normal puisque notre bébé nous manque tant et laisse un vide immense dans nos vies.


Ainsi, que peut on mettre en place pour être équipé pour traverser cela ? Bien sûr, il n'y a pas UNE solution avec une recette à suivre...chacun trouve la sienne au fil de ses émotions, au rythme de sa vie, en fonction de ses possibilités...parfois, un mot, un article, une chanson, une main tendue peuvent venir compléter notre équipement pour faciliter l'ascension de cette montagne...


Je vous invite aujourd'hui, à être cette main tendue pour les autres parents et à venir partager, en toute simplicité, ce qui vous aide, vous a aidé, ce qui vous permet de traverser un moment difficile, ce que vous avez mis en place pour adoucir votre vie, sans pour autant, oublier votre tout petit qui reste pour toujours dans votre coeur de parent.


En lien de coeur avec chacun,


Hélène

Marie-Silas

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Re : Se reconstruire à son rythme
« Réponse #1 le: 23 octobre 2018 à 14:12:43 »
Chers parents,

cette impression d'ascension éprouvante me parle beaucoup. Ce qui est difficile dans le deuil c'est parfois d'avoir l'impression d'apercevoir un sommet mais en fait il y a toujours et encore une côte à grimper.
J'ai vécu un très grand moment de découragement quelques mois après le décès de Silas. Je manquais tellement de forces que ca été le moment pour moi d'aller me faire accompagner par une thérapeute. Les quelques séances m'ont donnés quelques outils pour retrouver le gout des bonnes et belles choses. J'ai pu recommencer petit à petit à m'emerveiller.
Et puis mon deuxième outil c'était le chant. La naissance de Silas m'avait donné un grand sentiment d'échec, et je crois que j'avais besoin d'accomplir quelque chose de beau. Et puis pour le chant, on a besoin de son corps qui est bien malmené par le deuil. C'était aussi quelque chose qui m'a aidé à avancer. Parfois je devais vraiment me forcer, mais petit à petit j'ai retrouvé une vraie joie à chanter.
Et petit à petit j'ai pu redecouvrir la joie, et sortir un peu la tête de l'eau.
Et maintenant Silas reste bien présent dans mon coeur, mais sans cette impression d'être épuisée ou de ne plus être capable de vivre ou de me réjouir.
Je vous embrasse,
Marie
Marie, maman de Silas, né le 16.11.2014 et décédé le 24.11.2014, trisomie 13, et de Raphael, 2017

Delph77

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Re : Se reconstruire à son rythme
« Réponse #2 le: 23 octobre 2018 à 15:35:02 »
Chère Hélène, chers parents,

Avec le départ de ma petite fée, mon bébé lumière, Sihana, je me suis sentie comme vidée de l'intérieur. Comme je dis toujours, une partie de moi est morte en même temps que mon bébé. Je croyais ne jamais pouvoir enlever cette insoutenable douleur qui me rongeait, ce sentiment de culpabilité qui me bouffait litéralement. Je n'avais pas été capable d'aider, de sauver mon bébé. elle est morte là dans ma petite culotte (désolée des termes employés je ne veux choquer personne) et je la sentais s'éteindre sans que je ne puisse rien faire! J'ai sentie son dernier soubresaut! comme elle a du souffrir, pauvre petit ange, dans son placenta privée d'oxygène! Je vivais dans une torpeur perpétuelle, je n'arrivais pas à sortir de ce brouillard! je voulais juste m'endormir pour ne plus souffrir.

Ce qui m'a fait tenir et remonter la pente petit à petit c'est la présence et le soutien de mon mari! pourtant je m'en suis voulue aussi d'avoir perdue sa fille. Je me souviens d'ailleurs lui avoir dit quand j'ai accouché "Pardonnes moi" Il a été ma force, ma maman et mon frère aussi! Ils ont été présents à chaque instant!

il y a des épreuves qui mettent à mal les couples. Le décès d'un enfant en fait partie! En général, ça passe ou ça casse! Cette épreuve nous a rapprochés, nous a soudés! Il n'a pas fait que me prendre dans ses bras et me dire des mots réconfortants! Non il s'est montré dur par moment pour que je me fasse violence afin que je relève la tête! C'est cela aussi le vrai amour! C'est savoir dire à l'autre la vérité et être honnête avec lui! C'est ce quil a fait!

Pour ma mère et mon frère ils ont été doux compréhensifs, à l'écoute! Mon pauvre petit frère a assisté à l'accouchement. Cela a été très violent aussi pour lui! Il avait juste 21 ans. Ma mère a fait ce qu'elle a pu pour que Sihana reste présente malgré son absence en mettant des petits rituels en place. Nous avons été allumer des cierges à l'église! Puis son idée de porte clés avec le prénom de ma fille gravé dessus! Car en plus d'avoir perdu mon bébé, on m'avait dépossédé de mon titre de maman en me disant que désormais ce n'était plus ma fille! ma plus grande fierté est d'avoir pu récupérer le corps de mon bébé. quand on dit qu'une mère est capable de tout pour son enfant c'est vrai! J'ai fait plié les lois et on m'a rendu ma fille! et j'ai pu lui offrir un repos décent, pas juste un frigo avec un numéro dessus!

Enfin voilà ma force c'est eux! Et maintenant que le bébé que j'attends est lui aussi condamné, ils ont de nouveau ressérés les rangs. Ma mère et mon frère n'ont jamais portés de jugement quant à notre décision d'accompagner notre bébé jusqu'au bout. Ils sont juste là et seront là le jour de sa naissance et le jour de son départ. Seule ma soeur que j'adorais aussi m'a tourné le dos. Elle m'a simplement rayé de sa vie parce que j'ai fait le choix de rester ccoute que coute auprès de mon bébé. je souffre de son absence mais en même temps je suis en colère, car je n'ai jamais porté de jugement sur sa vie, sur ses choix que je n'approuvais pas! Elle a été jusqu'à faire la réflexion et ne comprend pas pourquoi on va aussi souvent se reccueillir sur la tombe de nos proches (ma fille, mon beau-père et mes grands parents)! Voilà ses paroles "je ne comprends pas pourquoi vous allez aussi souvent au cimetière"

Bref je ne les remercierai jamais assez! Je les aime tant! et que dire de mon mari...juste qu'il est merveilleux!

Mes enfants aussi m'ont redonné le goût de vivre! je n'avais pas le droit de les laisser tomber et je me battrais jusqu'à la fin de ma vie pour eux! Mes enfants que je chérie!

Voilà ce que je peux vous dire de mon expèrience! Voilà ce à quoi je m'attends ces prochains mois!

Delphine

amandine

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Re : Se reconstruire à son rythme
« Réponse #3 le: 24 octobre 2018 à 08:00:04 »
Chers parents,

La naissance prématurée de Zélie et son départ à 7 jours de vie m'ont plongée dans une situation d'anéantissement, de détresse, de tristesse que jamais je n'avais connue.

Lee semaines qui ont suivies  la perte de ma petite poupée ont été extrêmement compliquées et éprouvantes. Ce fut un tel tsunami que je me demandais s'il était possible de se relever d'une telle épreuve.

20 mois après le départ de Zélie, je mesure le chemin que j'ai parcouru.. Et j'en suis fière car jamais je n'aurai cru en arriver là...

Effectivement, et j'aime cette image,avec la perte de notre bébé on se retrouve en bas de cette montagne et on se dit jamais je n'y arriverai.. Je ne m'en sens pas la force, pas le courage.
Et puis, petit à petit, le temps fait son effet. Les semaines et les mois passent la douleur s'atténue.

Mais pour ma part, j'ai eu besoin d'aides pour traverser cette épreuve en plus du simple temps qui passe.
J'ai été aidée par une psychologue et une sophrologue qui travaillaient dans l'équipe de soins palliatifs.

Je ne suis pas allée au bout de mon congé maternité et j'ai repris le chemin du travail. Cela s'est fait avec beaucoup d'appréhension mais une fois la reprise faite j'avais l'esprit occupé et ne tournais plus en rond chez moi.

La sage femme à la maternité nous avait conseillé à mon conjoint et moi-même d'avoir des projets. Nous en avions un puisque nous faisions construire notre maison et nous avons fait deux voyages. Nous avons beaucoup marché et avons acheté des vélos afin de faire des randonnées à vélo.
Nous avons évolué chacun à notre rythme dans notre deuil mais toujours dans le respect de l'autre.
Mon conjoint a été un soutien indéniable. Il m'a accompagnée dans mes moments de peine et m'a aidée à me relever.
Nous étions très proches avant le décès de Zélie mais cette épreuve nous a encore plus soudés.

Nous avons également fait une boîte à souvenirs.. Elle est dans notre chambre.. Je n'y vais pas souvent mais quand j'en ressens le besoin, je vais l'ouvrir. Nous avons également des photos d'elle dans la maison et surtout je parle d'elle et continuerai à parler d'elle.

Zélie est là, partout où je vais elle est avec moi. Elle est ma force. Grâce à elle, je vois la vie d'une autre façon et j'ai revu mes priorités. Elle m'a fait apprendre beaucoup de choses sur moi-même.

Je vous embrasse
Amandine
« Modifié: 24 octobre 2018 à 08:03:53 par amandine »
Maman de Zélie née le 31 janvier 2017 et partie rejoindre les anges de 7 février 2017 et d'Elyne (2018)

Marie J.

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Re : Se reconstruire à son rythme
« Réponse #4 le: 24 octobre 2018 à 09:38:52 »
Merci Marie, Delphine et Amandine pour vos témoignages qui donnent l'espérance d'un nouvel élan de vie, qu'il est possible de s'émerveiller à nouveau, votre bébé bien au chaud dans vos coeurs de parents.

Oui tout simplement merci.
Je vous embrasse.
Marie
Marie.J bénévole