Auteur Sujet: refuser d'avancer  (Lu 194 fois)

milie

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refuser d'avancer
« le: 12 août 2017 à 14:55:25 »
j'ouvre ce nouveau fil de discussion car j'ai pris conscience que je 'refusais" d'avancer.
c'est la rencontre avec une kinésiologue qui m'a permis de faire ce constat. J'y avais emmené ma grande de 7 ans pour diverses choses. Pendant qu'elle s'occupait de ma fille , elle m'a tendu un texte et m'a demandé de le lire; puis m' a demandé si ça me "parlait". Ce texte évoquait la douleur et la façon d'y échapper ... plus précisément le fait de mettre un "masque" qui nous permette de faire croire aux autres qu'on va "bien" et puis de ne plus retirer celui-ci et de se persuader qu'on va pas trop mal. Ainsi on avance dans la vie mais notre esprit reste dans le deuil.. on survit et on ne s'autorise plus a vivre.

En y réfléchissant je me suis rendue compte que je refusais de "vivre", je survis (je fais ce que j'ai à faire mais sans bonheur, sans sentiments quel qu'ils soient). Je refuse qu'Auxane ne fasse pas partie de nos vies .(faire une photo de famille à 4, ou il manque ma fille est juste impensable pour moi).
L'autre jour, ma grande m'à fait un dessin de notre famille (il y avait: papa, maman, Lorilou, Lénaïc et carla) je n'ai pu m'empêcher de lui dire qu'il manquait Auxane. Elle s'est dépéchée de modifier son dessin et j'ai eu mal au cœur...parce que je l'empêche d'avancer elle aussi.
Maintenant que j'ai pris conscience de ça je vais pouvoir travailler dessus.

Plus j'y pense et plus je me rend compte que ce refus vient de moi et pas de mon inconscient.
Avant (les premiers mois) c'était probablement inconscient mais désormais c'est différent.
Peut être est-ce une nouvelle étape du deuil?
Certaines d'entre vous sont elles passer par là?
Maman de L.(née le 29 avril 2010)
Maman de A.(née le 28 avril 2014 et décédée le 1 juin d'une cardiopathie complexe décelée a la naissance.)
Maman de L.(né le 18 février 2016)

isabelle

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #1 le: 14 août 2017 à 16:09:55 »
Merci, merci, Emilie, pour ce nouveau sujet que tu ouvres...
Il est très juste et tellement important, même s'il n'est pas évident à admettre...
Je pense qu'il faut être à distance du décès de son bébé pour reconnaître et repérer une émotion aussi complexe... car c'est loin d'être facile à identifier et encore moins de travailler dessus...
Alors vraiment merci !
Je me suis très bien retrouvée dans ton idée de photo de famille où il manquerait quelqu'un...cela m'a renvoyée à un moment où j'ai éprouvé la même chose et c'est ma fille aînée qui m'a fait comprendre que ce n'est pas ajusté et qu'il fallait avancer, qu'eux étaient là aussi et qu'ils comptaient..

Je serai aussi bien intéresse de savoir si d'autres parents ont traversé ce sentiment... mais il me semble bien normal de le connaître car perdre son bébé est une telle épreuve qu'on a envie de le retenir, de garder dans son temps d'aujourd'hui ce manque de lui... on a si peur de reprendre sa vie et de donner l'impression qu'il ne nous manquerait plus...
Je t'embrasse à nouveau très fort et pense vraiment à toi
Isabelle
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)

math14

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #2 le: 16 août 2017 à 11:51:32 »
Bonjour Emilie,

je viens répondre à ton message.
Je suis tout à fait dans le même état d'esprit pour les photos de famille, et quand on parle de la famille en général... Il manque toujours Agathe...

Par contre, je n'ai pas ressenti la même chose que toi, c'est vrai qu'au début, plus rien n'a le goût de la vie, comme si notre vie se vivait en noir et blanc, sans joie, avec toujours cette douleur et cette tristesse qui nous renvoyait à ce vide immense dans nos bras. Puis, finalement, au fur et à mesure, les couleurs finissent par revenir, au début c'est en pastel, et puis, elles deviennent de plus en plus vives. Bien sur, certaines dates, ou certaines circonstances nous rappellent cette douleur et ce vide abyssal.
Je te souhaite que petit à petit, tu remettes de la couleur dans ta vie, car finalement, Lorilou et Lénaïc ont droit d'avoir une maman heureuse. Auxane manquera toujours à ta vie. Mais, le fait d'être heureuse, et de remettre des sentiments dans ta vie, ne veut pas dire que tu la trahis. J'avais cette peur au début, je ne voulais plus rire ou sourire, car j'avais l'impression de trahir mon Agathe, mais je crois que de là où elles sont, nos poupettes voudraient nous voir heureuses.

En tout cas, merci d'avoir ouvert ce sujet, car je trouve courageux de ta part de pouvoir identifier cela et de pouvoir en parler.
Bonnes vacances et achète-toi une palette de couleur pastel pour l'instant ;-)

Je t'embrasse fort,
très douces pensées pour ton Auxane chérie,
des bisous à Lorilou et Lénaïc,

Mathilde
Maman d'une merveilleuse petite Agathe née le 31/12/2014 et repartie sur la pointe des pieds le 09/01/2015, et de sa petite sœur Augustine née le 13/07/2016

DelphineVal

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #3 le: 08 octobre 2017 à 19:30:17 »
Bonjour.

Moi aussi j'ai mis le doigt sur ce problème, qui est j'en suis sûre une étape, à savoir refuser quelque part d'avancer, car ce serait m'éloigner de ma fille. Aller mieux est mon objectif mais en même temps je me sens mal si j'ai l'impression de donner si peu d'importance à ma fille que j'arrive à me sentir bien, je me dis que si je l'aimais vraiment si fort je ne pourrais pas aller... parfois ça me fait même très mal quand j'en arrive à avoir l'impression que peut-être elle n'a jamais été là, que si ça avait vraiment été le cas, alors je serais forcément mal... Je me débats intérieurement entre cette volonté de vivre avec le souvenir heureux de ma fille et cette peur d'anéantir mon vécu avec elle si je vais mieux.
L'autre jour la psychologue m'a fait formuler que Valentine ne pouvait pas vivre plus longtemps, que c'était impossible, que rien de mieux n'aurait pu être fait, que sa vie ne devait durer que 2 mois... et puis après que j'ai formulé tout ça plusieurs fois, elle m'a demandé si maintenant j'étais prête à la laisser partir... j'ai été incapable de lui dire oui de toute la séance. Je ne suis pas prête à laisser ma fille partir, je veux rester près d'elle, aller mieux c'est un peu m'éloigner de ma vie avec elle, en tout cas c'est ce que je ressens pour l'instant. Probablement j'évoluerai et j'arriverai à me sentir proche d'elle tout en allant bien? Elle me manque tellement, si je l'aime, elle va forcément me manquer et je serai triste, et si je ne suis pas triste, c'est qu'elle ne me manque pas tant que ça, donc que je ne l'aimais pas tant que ça... et cette idée me fait mal car elle est fausse, j'ai mal donc je suis triste, donc elle me manque donc je l'aime... bref vous avez compris, je tourne en rond!!
Delphine, maman de Valentine arrivée dans mes bras le 22 juin 2017 et envolée dans mon coeur le 28 août 2017

milie

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #4 le: 08 octobre 2017 à 21:02:26 »
Oui je comprends tout à fait ...
Maman de L.(née le 29 avril 2010)
Maman de A.(née le 28 avril 2014 et décédée le 1 juin d'une cardiopathie complexe décelée a la naissance.)
Maman de L.(né le 18 février 2016)

DelphineVal

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #5 le: 08 octobre 2017 à 21:24:05 »
Et est-ce que tu sais comment on fait pour réussir à dépasser ces noeuds dans notre esprit pour trouver l'équilibre : penser à elle avec amour, sans se laisser submerger par le manque et la panique, vivre sa vie mais garder sa présence en tête et utiliser son amour pour vivre et nous inspirer au quotidien, pour ne plus être triste sans avoir pour autant l'impression de la mettre de côté?
Delphine, maman de Valentine arrivée dans mes bras le 22 juin 2017 et envolée dans mon coeur le 28 août 2017

milie

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #6 le: 11 octobre 2017 à 11:27:59 »
certains jours , j'y parviens et d'autres pas.
Je ne sais pas pourquoi certains jours sont moins difficiles . Le temps y est pour beaucoup je pense .
Et puis ma fille à tellement souffert les dernières heures de sa vie que je me dis qu'elle ne souffre plus et qu'elle est mieux désormais.
Je n'aurais pas supporté de n'avoir pu lui offrir qu'une vie de souffrances.
je l'aime plus que tout.
je ne suis pas catholique et ne crois pas en Dieu mais je crois en la présence des Âmes et je sais qu'elle vient près de moi parfois.
J'y crois depuis qu'un medium à pris contact avec ma sœur pour me délivrer un message de ma fille (gratuitement et il m'a donné tellement de détails sur ses dernières heures, la position des objets dans son cercueil...).
Tu peux m'écrire en privé si tu veux plus de détails
Maman de L.(née le 29 avril 2010)
Maman de A.(née le 28 avril 2014 et décédée le 1 juin d'une cardiopathie complexe décelée a la naissance.)
Maman de L.(né le 18 février 2016)

HélèneTh

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #7 le: 13 octobre 2017 à 00:38:38 »
Bonjour Delphine,

perdre son bébé bouscule tous nos repères. Les premiers temps on peut se sentir complètement perdue, avec des jours profondément tristes et des jours plus légers, plus apaisés. Je me souviens avoir eu le sentiment d'avancer comme sur des sables mouvants. Cela peut être profondément déstabilisant. Il faut trouver ses nouvelles marques, et apprivoiser cette absence bien difficile à vivre certains jours. Notre corps et notre coeur sont meurtris par ce lien physique qui n'est plus. L'amour pour Valentine, lui, est immortel. Ce lien est et sera toujours.
Je sais que je m'étais arrangé un petit coin à la mémoire de mon fils dans notre pièce de vie, avec une bougie, son prénom, une belle plante, des petites choses trouvées de ci de là. Cela m'apaisait et me réchauffait le coeur. J'avais besoin de ces éléments concrets pour apprivoiser le manque physique de mon bébé.
N'aies pas peur d'accueillir tes émotions comme elles viennent. Quand les larmes se présentent, accueilles les. C'est ton corps et ton coeur qui ont besoin d'évacuer la douleur du manque. Quand des moments de joie se présentent, accueilles les. C'est la vie, enrichie de l'amour pour Valentine, qui t'appelle.
Je t'envoie tout mon soutien et t'embrasse bien fort.

Hélène


Hélène, maman de Zachary (1993), Korentin (1998) et Titouan notre lumière (né sans vie le 26 août 2008, trisomie 18)

isabelle

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Re : refuser d'avancer
« Réponse #8 le: 25 octobre 2017 à 09:15:34 »
Merci, Emilie, d'avoir osé ouvrir un fil de discussion aussi important....sur un thème dont il est difficile de parler...
et merci pour tous vos échanges....

je ne sais pas s'il s'agit seulement de "refuser d'avancer"....est-ce que ce ne serait pas aussi "avoir peur d'avancer" ?
car avancer pourrait être interpréter comme laisser son enfant dernière soi, comme l'oublier un peu pour pouvoir continuer sa vie...alors que notre tout-petit restera en fait toujours dans nos coeurs de mamans....

Non, je peux vous assurer qu'on ne l'oublie pas.....comme on n'oublie pas ceux que l'on aime et qui ne sont plus avec nous....

Mais il faut laisser du temps pour s'adapter à leur absence....beaucoup de temps même....

Delphine, tu te demandais comment on fait pour dépasser tous ces noeuds que tu as dans la tête depuis le décès de ta petite puce....mais quand je regarde la date de son décès, je te trouve formidable d'être capable d'exprimer tout cela, de partir en vacances....j'en aurais été incapable si vite après le décès de mon fils....laisse toi du temps, laisser couler tes larmes, laisse sortir de ton coeur tout cet immense chagrin....c'est cela qui va peu à peu dénouer les noeuds que tu ressens....ce sont des noeuds de souffrance qu'il faut pouvoir exprimer pour qu'ils s'apaisent doucement....et puis, si cela te dit, essaie de prendre soin aussi de ton corps....car ces noeuds peuvent s'inscrire là aussi....nous sommes corps et coeur liés....quand le coeur souffre autant, le corps porte aussi son poids de souffrance....alors, si cela te dit, n'hésite pas à t'offrir des massages....

en lien de coeur avec chacune d'entre vous
isabelle 
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)