Auteur Sujet: La mesure du deuil…  (Lu 1146 fois)

isabelle

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La mesure du deuil…
« le: 15 Septembre 2014 à 09:47:41 »
Bonjour à tous et à toutes,

en pensant à tous les messages que nous avons pu échanger depuis plusieurs semaines, j'ai ressorti le livre "Vivre le deuil au jour le jour" du Dr Christophe Fauré, qui est un des grands spécialistes actuels sur le deuil :
Le premier chapitre qui s'appelle "Qu'est ce que le deuil" serait à citer en entier, tant il explique les choses avec précision…

je voudrai vous apporter quelques éléments essentiels, juste pour vous rassurer dans vos émotions et venir contrer le rejet que certain(e)s peuvent vivre avec leur entourage…

Je commence aujourd'hui par ceci :
dans un petit paragraphe intitulé "Il n'y a deuil que s'il y a attachement", le Dr Fauré écrit : "c'est le degré d'attachement à la personne disparue qui entre surtout en jeu", pour déterminer l'intensité du deuil….

Voilà pourquoi nous avons si mal en perdant notre bébé…

et contrairement à ce que certains pensent, notre chagrin ne se mesurera jamais à la durée de vie de notre bébé…

douce journée à chacun/chacune
Isabelle
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)

Bénédicte

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Re : La mesure du deuil…
« Réponse #1 le: 25 Septembre 2014 à 14:46:53 »
Merci Isabelle de nous faire part de cette citation. Elle est si juste.
Sans compter que pour les parents l'attachement ne commence pas le jour de la naissance mais bien, avant :dans le projet de la grossesse et toute la vie du bébé  in utéro !!!
Sauf que ce temps de vie du bébé pendant la grossesse n'est pas toujours perçu comme si important par tous :(.
Bises,
Bénédicte
Maman de Mathilde, Alice, Eloïse, Bertille née le 12 avril  et décédée le 10 juillet 2004 (trisomie 18) et de Inès.

helene31

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Re : La mesure du deuil…
« Réponse #2 le: 26 Septembre 2014 à 15:18:17 »
Oui Merci Isabelle, je viens répondre un peu tardivement à ton post...c'est vrai que c'est intéressant et surtout rassurant sur les sentiments vécus par beaucoup ici...

Parfois les réflexions de notre entourage peuvent remettre en doute nos propres sentiments à l'égard de ce bébé que nous attendons, ou que nous avons porté et accompagné...alors que je crois que seuls les parents peuvent exprimer cela. Est si dur pour l'entourage de reconnaître devant les parents de ce bébé qu'ils vivent une situation douloureuse? Se protègent -ils en minimisant le drame et l’existence même de ce tout petit qui va mourir?

Ce serait tellement plus simple si ce bébé que nous avons perdu n'était pas vraiment un bébé...seulement ce n'est pas la réalité, l'histoire vraie qui se déroule entre le bébé et les parents...et nier la vérité ne fait pas moins mal, ne modifie cet relation d'amour souvent établie depuis...le test de grossesse! Ou dans le projet de grossesse même, comme le précise Bénédicte. Il est différent pour chaque parent...

Alors oui, cela fait du bien et rassure lorsqu'un médecin spécialiste vient poser des mots sur cet attachement qui n'a pas de mesure. Chers parents, nos sentiments ne sont pas étranges donc...

Belle fin de journée à ceux qui passeront par ici...

Hélène

isabelle

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Re : La mesure du deuil…
« Réponse #3 le: 06 Octobre 2014 à 09:22:16 »
Oui, merci à toutes les deux, d'être venues valider cette réflexion du Dr Fauré…
Dans ce livre, tout le premier chapitre pourtant très général ("Qu'est-ce que le deuil") peut nous aider à mieux comprendre ce que l'on vit en perdant un bébé et pourquoi on a si mal….

du coup, j'ai envie de vous proposer ce passage aujourd'hui :

"Un vécu personnel et légitime.

On ne peut pas réduire le vécu du deuil à la seule souffrance d'avoir perdu quelqu'un qu'on aime. C'est beaucoup plus grand, c'est beaucoup plus vaste. En effet toutes les dimensions de l'être sont interpellées par cette douleur qui imprègne et envahit chaque recoin de la vie. C'est d'abord un vécu physique où le corps parle et hurle sa douleur….C'est aussi un état psychologique qui effraie par son intensité : un flot de pensées et de sentiments mobilise l'esprit en continu, au point qu'on se demande si on arrivera jamais à vivre autrement que dans cette camisole émotionnelle. C'est enfin un évènement social et relationnel qui remet profondément en question le rapport à soi-même et avec autrui. On saisit très vite qu'il existe un décalage entre ce qu'on vit et ce que comprend l'autre ; une incompréhension mutuelle en résulte très fréquemment. De plus on se sent devenir différent, mais on ignore vers quoi on tend et comment va se réorganiser notre rapport au monde…

Il est capital de comprendre ce qui se passe. La compréhension du processus de deuil ne vous permettra pas de faire l'économie de la douleur. Ce n'est pas parce qu'on sait qu'on a moins mal. Mais parce qu'on sait, on donne un autre sens à sa souffrance et c'est une différence considérable. On en souffre plus “à vide“, on comprend qu'il y a une cohérence interne dans ce qu'on est en train de vivre. "

J'espère de tout coeur que cette longue citation aidera certains d'entre nous ici…
Le deuil d'un bébé est aussi complexe…il n'échappe pas à ces réflexions générales…

en LIEN de COEUR avec chacun
Isabelle
Maman d'Aude, Edouard, Hugues, Laurent et Emmanuel, né et décédé le 18 février 2002 (trisomie 18 et hernie du diaphragme, décelés à 12 SA)